Amaury Guichon : Rockstar de la Pâtisserie

En 2013, le pâtissier Amaury Guichon se fait connaître dans une téléréalité française, puis quitte l’Hexagone pour vivre son rêve américain. Installé à Vegas, le chef de 27 ans gère un compte Instagram quasi millionnaire, et s’apprête à ouvrir une école de pâtisserie. Portrait d’un artiste qui mise sur la transmission du savoir.

 

Un succès viral

Sur Instagram, difficile de rater les œuvres d’Amaury Guichon. Il y a cette impressionnante horloge que le Franco-Suisse a montée, tout en or et chocolat, ou cette sculpture en gramophone vue 60,000 fois dès la première semaine. « Si j’étais né à une autre époque, je ferais sans doute mes gâteaux tout seul dans mon petit patelin », reconnaît-il. Mais voilà que ses œuvres font saliver des internautes de partout sur la planète, et qu’il parcourt le monde pour enseigner son art.

Son premier livre, The Art of Flavor, sera en librairie dès novembre. Pendant que le pâtissier explique les raisons qui l’ont poussé à conserver un titre anglophone pour la version française – il tenait au mot flavor, pour lequel le mot saveur ne lui convenait pas tout à fait –, la question s’impose : pourquoi travailler à quelque chose d’aussi statique quand Instagram propulse ses clips à coups de centaines de milliers de vues, et que la publication peut se renouveler tous les jours… sans frais de production ?

C’est dans la réponse qu’on saisit le caractère profond du jeune homme. En somme, deux mots-clés : pérennité et enseignement. « Et puis, un livre, c’est beau.» Amaury pratique d’ailleurs un métier où la beauté compte grandement. Un boulot fait de gourmandise et de luxe, où la séduction se place avant le goût. « Si la pâtisserie est belle, les gens y goûtent. Si elle est bonne, ils reviennent. L’inverse est faux. Si la pâtisserie n’est pas séduisante dès le départ, il n’y a rien de possible.»

 

« Je cherche plutôt à combattre le snobisme autour du chef-qui-a-réussi.»

 

Le pâtissier lucide

Celui qui a fini 3e à l’émission Qui sera le prochain grand pâtissier, sur France 2, n’a pas tellement profité du tapis rouge que lui déroulait sa nouvelle notoriété. Après la diffusion, malgré des cotes d’écoute de 3,5 millions, le jeune homme, formé chez Lenôtre puis devenu ouvrier chez Hugo et Victor avant son passage télévisé, saisit son baluchon. Sans regarder derrière, il sort des radars français, risquant de tourner le dos au succès. Destination Vegas, avec en poche, un aller simple. Il débarque dans la ville qui ne dort jamais alors qu’il ne parle pas vraiment anglais. Il a 22 ans.

« En France, je bossais 17h par jour, six jours sur sept, et je ne gagnais que de quoi survivre. Las Vegas est un terroir fertile à la réussite, un lieu qui valorise le succès. » Il fait le saut avant l’ère Trump; immigrer est encore possible. Amaury acquiert ses permis et trouve du boulot chez Jean-Philippe Pâtissier, MOF (Meilleur ouvrier de France) et chef de réputation mondiale. Il y bosse mais dans ses temps libres, il alimente son compte Instagram. Au bout de trois ans, le grand patron se montre ennuyé par le vedettariat du jeune Guichon. « C’est soit Instagram, soit tu t’en vas. » La peur au ventre, Amaury prend la clé des champs.

En 18 mois, il voit ses réseaux sociaux exploser, étudiant minutieusement le comportement des Internautes. Il agit sans commanditaire, avec l’aide de sa petite amie Fiona. Netflix et Universal Studios le repèrent. Des dizaines de pays dans le monde le demandent pour enseigner. « Je fais des posts léchés, ludiques, mais informatifs et utiles. Par exemple, dès que je développe une nouvelle technique de glaçage, je partage. Je pense que plus on est ouverts, plus la profession gagne en notoriété. »

« J'étais le cancre de mon école, et je n'avais aucune confiance en moi. Mon père, aussi affectueux que sévère, exigeait le meilleur »

Un tournant du destin

Amaury ne se destinait pas à devenir un chocolatier-vedette d’Internet. Issu d’une mère Suisse et d’un père Français, il grandit sur la frontière, en Haute-Savoie. « J’étais le cancre de mon école, et je n’avais aucune confiance en moi. Mon père, aussi affectueux que sévère, exigeait le meilleur. »

À 13 ans, il fuit le cursus académique et prend le chemin d’une école de cuisine. « J’ai commencé à faire des pièces pour me faire aimer, pour retrouver ce regard rempli d’admiration que mon père posait sur mon frère aîné, un premier de classe. » Son épiphanie vient sous la forme d’un gâteau, à son école de thorons-les-bains. Amaury a 16 ans. « Je ne crée plus pour me faire aimer, mais plutôt parce que j’aime. C’est un rapport différent. Maintenant, je suis libre. »

 

 

« Oui, j'ai dit à la télé française, devant des millions de téléspectateurs qu'en France, on a un savoir-faire qu'ils n'ont pas aux États-Unis... et que moi, j'allais leur montrer! »

La transmission du savoir

Sa notoriété fait gonfler son salaire, mais sa véritable richesse, il la trouve dans le rapport qu’il développe avec son auditoire. Il reçoit des missives de partout dans le monde. Des jeunes, souvent, qui se sentent complètement perdus. « Je ne communique pas l’image du gars inaccessible, qui conduit une voiture de luxe et qui fait dans le jet-set. Je cherche plutôt à combattre le snobisme autour du chef-qui-a-réussi. »

Il partage son parcours, celui d’un garçon nul à l’école, issu d’un milieu humble. Au Mexique, en Indonésie, en Chine, en Australie, partout, des jeunes qui se cherchent lui écrivent. « En montrant ce que je sais faire, je communique ma joie de vivre, ma passion et la possibilité d’une réussite. Je pense que les jeunes le ressentent. »

Surtout, il partage une leçon de vie qui lui vient de son père: chacun possède son talent, et a le devoir de le mettre en lumière. « Si mon père n’avait pas cru en moi, jamais je n’y serais parvenu. J’essaie à mon tour de donner espoir. Mon école, ce sera ma liberté. Oui, j’ai dit à la télé française, devant des millions de téléspectateurs qu’en France, on a un savoir-faire culinaire qu’ils n’ont pas aux États-Unis… et que moi, j’allais leur montrer! » Je ne me rendais pas compte de l’arrogance de mes propos. »

 

Le destin ne lui aura toutefois pas donné tort. Son école ouvrira ses portes au printemps, dans une ville on ne peut plus américaine. Passé maître en son art, Amaury Guichon a bel et bien des intentions de conquête. Et d’humilité.

 

 

Texte@JoséeLarivée ; PhotosPortraits@LaurenceLabat ; PhotosPâtisseries@FionaBergson

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