À table avec René Richard Cyr

En emménageant dans ses nouveaux locaux, le restaurant Europea ne fait pas que changer de décor. S’attabler chez JérômeFerrer devient une expérience multisensorielle. C’est du moins le pari auquel nous convient un chef et son metteur en scène. Attention mesdames et messieurs, dans un instant ça va commencer !

Rencontre

René Richard Cyr fut le premier surpris lorsqu’il reçut l’appel de Jérôme Ferrer, au printemps dernier. La proposition avait de quoi étonner. Le chef souhaitait que celui qui a mis en scène Céline Dion, le Cirque du Soleil et la moitié du bottin de l’Union des artistes mette la main à la pâte… pour son restaurant.

Mettre en scène des comédiens, des danseurs, des chanteurs, certes. Jouer, écrire, adapter, tout à fait. Mais donner le ton et la direction à un défilé de cappuccinos de crème de homard à la purée de truffe, suivis de calmars citronnés et structurés en tagliatelles ne faisait pas vraiment partie du curriculum de l’artiste. « Surtout que je ne suis pas le roi des fins gastronomes, ni un abonné des grandes tables de cuisine française », note le principal intéressé.

René Richard a donc débarqué au restaurant de la rue de la Montagne, histoire d’aborder pour la première fois l’expérience qu’on le priait de bonifier. Il a tout de suite reconnu le confort d’une ambiance feutrée et a noté qu’un joli paquet de monde était là pour prendre en main sa destinée de la soirée. « Peut-être beaucoup de monde », a-t-il noté dans son carnet.

Puis, la fête a commencé. Les plats se sont succédé. Emporté dans un tourbillon de saveurs et de savoir-faire, le metteur en scène s’est tourné vers le chef, une fois repu, pour lui dire le fond de sa pensée : « Finalement, tu n’as pas besoin de moi, Jérôme. Tu es un très bon metteur en scène. »

« Dans son travail de création, René Richard Cyr s’est laissé aller à ce qu’il fait de mieux : émouvoir, toucher, surprendre; et aller chercher le meilleur des artistes qu’il met en scène. »

Savoir se réinventer

Même les plus grands talents gagnent à se renouveler. « Jérôme Ferrer l’a très bien compris, observe René Richard. Dans son désir de se réinventer, il souhaitait conserver le même esprit accueillant, mais peut-être accentuer l’étonnement, la surprise, l’émerveillement, afin de marquer les esprits. Une expérience au restaurant ne se résume pas à ce qu’il y a dans l’assiette, fait valoir le metteur en scène. Il y a aussi l’ambiance, la musique, l’éclairage, la proximité avec les autres, et l’émotion que suggèrent les lieux et l’expérience globale. »

Mais surtout, le chef croit à l’importance de créer un port d’attache pour les convives. Une figure marquante et unique, qui s’enquiert de notre confort tout au long de la soirée.

Dans son travail de création, René Richard Cyr s’est laissé aller à ce qu’il fait de mieux : émouvoir, toucher, surprendre; et aller chercher le meilleur des artistes qu’il met en scène.

Pas question de balayer les acquis du revers de la main. « Nous conservons la reconnaissance d’une haute gastronomie. Mais les assiettes blanches sur la nappe blanche sont peut-être des éléments qui gagneront à devenir plus instagrammables dans la nouvelle mise en scène », annonce René Richard Cyr.

Pour ce faire, le mot-clé, c’est l’ouverture, ou mieux la transparence. Celle d’une cuisine ouverte sur la rue et sur les gens, d’abord, mais aussi, l’utilisation de la transparence dans le décor, en vue de moderniser le style réconfortant mais un peu « vieille France » qu’a connu jusqu’à présent Europea.

Sous le signe des surprises

Le metteur en scène tient à mettre en valeur la singularité d’une expérience à la Jérôme Ferrer. « Dès leur arrivée, les convives seront accueillis comme dans le hall d’un luxueux hôtel-boutique. Alors que dans le feu de l’action le plancher prend des airs de véritable rucher, j’imagine très bien un maître de maison qui accompagne de manière très personnelle les clients dans le déroulement de la soirée. »

Cette expérience débutera vraisemblablement par une mise en scène magistrale, suivie de la remise d’un menu aux allures d’un programme de spectacle. L’homme de théâtre a notamment imaginé des éléments tels que l’utilisation du 3D pour faire vivre une expérience multisensorielle aux convives qui le souhaitent. « Dans le lounge, dans la salle des dames, à table, dans le cellulaire des clients, dans la voiture laissée au valet et surtout dans l’imaginaire, j’ai l’intention d’agir », note le metteur en scène.

Toutefois, s’il a le sens du spectacle, ce fougueux directeur artistique observe une ligne de conduite très précise : la gastronomie demeure au premier plan. L’accessoire ne prend jamais plus de place que le repas et l’émotion culminante a trait à ce qui passe sous le palais.

Ce qui n’empêchera pas le passionné créateur d’en mettre plein la vue. « Un repas d’exception, c’est comme un bon spectacle : on y repense avec bonheur, le lendemain », note René Richard. « Et avec tout ce qu’on met en place, Jérôme devrait pouvoir continuer à offrir un méchant bon show. » Bon, dans tous les sens du mot.

Également comédien, René Richard Cyr est de la distribution d’Unité 9, cet automne. Il signe également les mises en scène du théâtre musical Les Belles-Sœurs de l’auteur Michel Tremblay, en tournée, et de la pièce Colonisées d’Annick Lefebvre, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, du 22 janvier au 16 février 2019.

Texte@JoséeLarivée ; Photos@LaurenceLabat

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